Le rêve de la femme enceinte est un topos littéraire, hérité de l’Antiquité, bien représenté dans la littérature médiévale. Toutefois, dans la littérature profane, le rêve annonçant à une mère la naissance d’une fille est, à notre connaissance, inexistant. On relève cependant un cas original, celui de Christine de Pizan qui, dans le Livre de l’advision Cristine, écrit en 1405, représente sa naissance et sa rencontre avec trois entités : France, Opinion et Philosophie, qui la confortent dans sa vocation d’écrivaine, dans sa quête de savoir et la consolent de la mort de son époux. L’article se propose de montrer que le rêve de (re)naissance, placé à l’orée du récit, symbolise une quête de l’origine, que l’on peut repérer dans chacun des discours des trois entités. Il donne une unité de pensée à une oeuvre jugée disparate et témoigne d’une innovation dans la compréhension et l’écriture du rêve. Si traditionnellement, le songe est prémonitoire et tourné vers l’avenir, il est ici tourné vers le passé, la rêveuse cherchant dans son propre vécu l’origine de sa vocation et de son goût pour le savoir. Par ce rêve liminaire, Christine de Pizan s’inscrit dans la tradition du rêve allégorique, très prolifique à son époque, tout en faisant de son récit le premier exemple d’autobiographie en langue vulgaire.

in An den Rändern des Lebens